Ah, ces Alsaciens !
Auteur : Pierre Nonnenmacher
Edition Hirlé
Ah, ces Alsaciens ! Si seulement certains d’entre eux voulaient bien arrêter d’écrire des livres à propos de l’Alsace et de ses
habitants. Si seulement certains d’entre eux voulaient s’abstenir de s’obstiner à vouloir expliquer le fait alsacien à des gens que ça n’intéresse pas. Mais, je rêve.
Voici un roman autobiographique d’un certain Pierre Nonnenmacher qui, selon la quatrième de couverture, en serait ainsi à son deuxième
livre. Bien. Je respecte trop le travail pour me permettre de le dénigrer mais je dois bien avouer que je suis loin d’apprécier ce bouquin autant que celui qui me l’a offert.
Le premier chapitre commence bien. D’ailleurs il se nomme « chapitre premier » et le deuxième qui aurait dû s’appeler
« chapitre second ou deuxième » et le suivant « chapitre troisième » et ainsi de suite, sont intitulés chapitre deux, trois etc. C’est un, deux, trois ou premier, second,
troisième ou primo, secundo, tertio ! Faut choisir. Le « chapitre un » donc, commence bien. Il y a de l’émotion, de la nostalgie, un peu de mélancolie, un décor bien chaleureux qui
se plante. Seulement voilà, cela ne va pas plus loin, rien ne démarre, rien ne s’envole, je croyais me retrouver dans une belle maison à colombages sous un épais manteau neigeux les pieds dans de
grosses chaussettes de laine chauffant près d’une cheminée où les bûches de sapin auraient crépité jusqu’à la fin du récit mais non, on marche sur du plat et quelques fois, on s’enfonce. C’est
lourd et ça traîne dans d’interminables chapitres qui n’ont ni début, ni fin. L’ennui s’installe assez vite, je me prends à soupirer et d’un geste que chacun imagine, je fais défiler les pages en
tordant un peu le livre entre mes mains et mon pouce droit comme pour m’en servir de ventilateur en me disant : « encore tout ça… » Oui, malheureusement j’ai déjà la nette
impression que les 218 pages de M. Nonnenmacher seront bien plus difficiles à parcourir que le dernier Ken Follett et ses quelques 1380 pages. Monumental chef-d’œuvre qui n’a que le défaut de se
terminer, soit dit en passant. Mais je m’arme de courage et je tente de continuer l’aventure qui dans le deuxième chapitre devient carrément apathique. Les histoires sans relief des personnages
calquées sur un récit tout aussi vide m’ont amené à me demander si j’y arriverais… à le finir, ce livre. La réponse est survenue bien vite : non ! Dire que c’est uniquement cela qui m’a
fait capituler serait de la pure mauvaise foi.
Être écrivain, c’est comme être psychothérapeute. Tout le monde peut le revendiquer, chacun peut mettre une belle plaque en laiton à
sa porte et s’en réclamer. Mais dans les faits, si on veut être pris au sérieux, il faut un minimum. Un peu de maîtrise de la grammaire et de l’orthographe. Il faut aussi un éditeur sérieux qui
vérifie et fait vérifier la bonne tenue générale du livre avant de la mettre sur le marché. Et les « coquilles » comme on les appelle affectueusement sont nombreuses, puis elles
deviennent légions et non contentes de se multiplier elles se mettent à devenir de plus en plus grosses et enfin énormes. J’ai arrêté de compter les phrases qui commencent par une minuscule.
J’ose croire qu’il s’agit de l’incompétence de l’éditeur. Oui j’ose croire dis-je car cela fait partie des premières choses que l’on apprend à l’école. Laissons cela donc. On comprend vite
ensuite que les mots tirés de l’alsacien sont en italique avec à chaque fois une traduction plus ou moins heureuse dans la foulée au cas où un « Français de l’intérieur » devait
s’intéresser à l’affaire ou un malheureux Alsacien dont les parents auraient cru bon de ne pas lui enseigner le dialecte régional.
Profitons-en pour nous laisser aller à une petite digression. Quand donc cessera ce snobisme risible qui consiste à vouloir imposer un
Alsacien écrit ! L’Alsacien est un dialecte, autrement dit, il se transmet par le dialogue. Sa forme écrite est le « Hochdeutsch » cette langue créée de toutes pièces pour unifier
tous les parlers alémaniques. Allez en Autriche ou pire encore allez en Suisse : l’Allemand est la langue écrite mais sa prononciation est si particulière que personne ne la comprend à part
les Suisses et les habitants du Sundgau. D’ailleurs les différences entre la prononciation strasbourgeoise et mulhousienne (par exemple) sont telles qu’il est tout bonnement impossible et même
irrespectueux envers tous les villages disséminés à travers la région et leurs délicieuses particularités, de vouloir procéder autrement qu’en utilisant l’Allemand en forme écrite. Penser qu’un
jour un Mulhousien, un Colmarien, un Savernois ou un Sélestadien acceptera une autre forme d’hégémonie culturelle en utilisant une forme écrite apparentée au Strasbourgeois relève de l’utopie
pure et simple. L’Alsacien s’écrit en utilisant l’Allemand et chacun le prononce « comme le bec lui a poussé » n’est ce pas ? Bref, restons-en là, ce n’est pas non plus l’objet
fondamental du propos.
Je parlais donc de grammaire, d’orthographe et de coquilles. Le coup des majuscules, c’est de la coquillette, soit. Mais lorsqu’on
avance dans la lecture, on se rend compte que l’auteur a voulu faire montre d’une certaine culture francophone et c’est bien là que le bât blesse. Allons-y !
Chapitre deux (puisqu’il est ainsi nommé), page 39 « Dans son fort intérieur… » Aïe ! M. l’écrivain avez-vous voulu
évoquer le fort de Bitche, belle cité injustement arrachée à l’Alsace par l’incompétence parisienne et l’illogisme français, ou vouliez-vous parler du « for intérieur », belle locution
qui est utilisée pour exprimer ce qui est au fond de sa conscience ? Je sais, c’est un peu humiliant, mais un peu de rigueur que diable !
Au niveau dialecte en italique, certains mots y ont droit d’autres non. L’éclat d’obus de M. Edmond, (der Splitter en Allemand)
indiqué « spletter » page 28 dans le texte avec une approche pseudo-phonétique (dans mon Benfeld natal on dit « splétter »), n’a pas droit à la belle impression arrondie et
penchée de l’italique, bizarre. Encore une coquillette de l’éditeur ? Et le fameux « merde alors » qui semble présenté comme une particularité alsacienne alors qu’il est utilisé
dans toute la France est lui en italique page 29 sous la forme d’un « merdealor » pour se retrouver en « merdalor » en écriture droite, page suivante. De plus en plus bâclé ce
travail. Je commence à avoir l’impression qu’on se moque de moi. Ce manque de sérieux quand on exige 20 € pour l’achat d’un livre confine à l’irrespect.
Autre coquillette ? Le premier méchant Allemand de service (comme dans les films américains où neuf fois sur dix, le méchant
porte un nom ou un prénom germanique, que l’acteur soit blanc, afro-américain ou italo-hispano-asiatique) page 16, le terrible trancheur de tête Eulogius Schneider est rebaptisé Elogius Schneider
quatre lignes plus bas.
Mais revenons au secteur de la page 29 : on nous parle d’un fait important et pas qu’en Alsace. On le sait, maintenant que les
Français commencent à avoir le courage de reconnaître leur participation à toute cette tragédie qu’a été la deuxième guerre mondiale. Je veux parler de la collaboration.
Les Alsaciens le savent bien, mais si d’aventure des Parisiens ou autres Bordelais devaient lire ceci, il faut préciser que les
habitants de l’Allemagne qui vivent au Sud-est de cette dernière sont des Souabes. Schwaben en Allemand que nous prononçons « Schwoowe » en Alsace (je ne dispose pas de l’alphabet
phonétique sur mon ordinateur, je dois donc procéder comme M. Nonnenmacher tout en précisant que le double « o » est très approximatif et que sa prononciation est longue et à mi-chemin
entre le « o » et le « ou » vous pourrez vous entraîner si le cœur vous en dit, et encore une fois il s’agit de la prononciation qui est en vigueur dans le centre de l’Alsace,
pardon Wissembourg, pardon Ferrette, et les autres.) Pour nous autres Alsaciens, tous les Allemands sont des Souabes, nous les appelons tous ainsi qu’ils soient de Berlin ou de
Fribourg-en-Brisgau. D’ailleurs souvent des copains d’outre-rhin originaire de Kiel ou Brême s’offusquaient et s’écriaient : « ich bin kein Schwabe ! » (Je ne suis pas un
Souabe !) Imaginez donc que les Espagnols ou les Italiens appellent tous les Français des Béarnais ou des Savoyards. Donc, pour les Alsaciens un Allemand est un Souabe. Et du mot
« Schwoowe » est né un verbe qui symbolise la collaboration avec l’occupant Allemand pendant la dernière guerre et ce verbe est : « Schwééwlè » (l’approximation
phonétique est assez juste pour le coup (toujours pour ce qui concerne le centre de l’Alsace d’où je vous écris.)) « Schwééwlè » : pactiser avec le Boche. Collaborer. Tout ce laïus
(pardon) pour dire qu’en page 29 apparaît un idiome en écriture droite « schewle » qui ne veut absolument rien dire à moins que dans le pays de M. Nonnenmacher les Souabes soient des
Sabes…je ne sais pas. Bref comme dirait le regretté Germain Muller : « N’en parlons plus ! »
Tout ceci ne serait que billevesée si la catastrophe qui provoqua la mort littéraire de ce qui était devenu un tissu d’ennui,
d’incongruités et de manque de sérieux évident dans la relecture et l’édition avant mise sur le marché, ne s’était pas produite. Je lis. Je relis. Je relis encore une fois et je n’arrive toujours
pas à le croire. Je reviens en arrière, je tâche de m’imprégner plus encore pour être sûr et je me dis pour la énième fois : « non, il ne va pas nous faire le coup du : si j’aurais
su, j’aurais pas v’nu ! » Alors je relis encore. Peut-être l’auteur a-t-il voulu faire parler un personnage qui fait des fautes de français de base car les Jacobins l’ont obligé à
apprendre et pratiquer une langue qui n’était pas la sienne à l’origine. Mais dans ce cas il y aurait eu un tiret, une marque quelconque pour l’indiquer. Mais j’ai eu beau chercher, rien !
Nada ! Nothing ! Nichts ! Page 40 à partir de la quatrième ligne, une coquille (que dis-je, une succession de coquilles) qui à défaut d’être des coquillettes sont devenues des
« Lumache Rigate n°43 » depuis le temps qu’on nous le répète ! Le Si n’aime pas le Ré. Petite règle enfantine qui sert à se souvenir que « si j’avais su » est juste et
que « si j’aurais su est faux ! » C’est tellement gros que je reprends même en mains le dictionnaire des difficultés de la langue française. Pas de doute, il s’agit bien de la
condition et de sa conséquence, la règle s’applique. Cela m’achève ! J’en peux plus. La suite devient insupportable à lire car à partir de cet instant j’ai eu l’impression que les tableaux
dépeints dans ce texte ont été réalisés par des gosses de maternelle alors qu’on m’avait offert un billet d’entrée pour une galerie d’art régional pour voir l’œuvre d’un artiste tout aussi
régional.
Ce n’est vraiment pas sérieux et cela ne sert pas la cause alsacienne. M. Nonnenmacher, il faudra un jour comprendre que la culture
alsacienne que vous prétendez défendre n’a pas besoin de l’assentiment de la France et encore moins des Français pour exister. Ils nous considèrent comme des barbares schleus bouffeurs de
saucisses et buveurs de bière, grand bien leur fasse, j’en ai autant à leur service. Une bonne fois pour toute nous, Alsaciens, sommes un élément de la culture germanique, beaucoup de familles
sont venues directement d’Allemagne et de Suisse après les ravages du 17ème siècle pour repeupler ce « beau jardin » dévasté. Nous ne nous appelons pas Durand ou Dupont mais
Nonnenmacher ou Dillenseger. Cela me rappelle un village du nom de « Breitenbach » qui a bien failli s’appeler « Large-rivière » si ce n’est pas malheureux.
So ! Un jetzt hà wi d’Nàs voll ! Salut Bisàmme !