Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 16:05

Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent…

(Eric-Emmanuel SCHMITT)

 

Je viens d’achever la lecture de ce livre écrit en deux parties bien distinctes. Particularité agréable, le livre est accompagné d’un CD sur lequel figure une série d’œuvres de l’illustre maestro que l’on peut écouter aux moments indiqués par l’auteur, si le cœur vous en dit. En ce qui me concerne, étant un inconditionnel admirateur de Ludwig Van devant l’Eternel, je n’ai pas eu besoin de ce soutien auditif (oh le gros crâneur ), j’ai la chance d’avoir ces œuvres dans ma petite tête. Je n’ai d’ailleurs pas manqué de les faire résonner à la demande de l’écrivain.

Je disais donc que le livre est écrit en deux parties n’ayant rien en commun. Autant j’ai savouré la première autant je me suis ennuyé dans la deuxième. Cette première partie qui évoque le titre de l’ouvrage et qui est une phrase du professeur de piano d’Eric-Emmanuel Schmitt est un pur régal avant tout de tendresse, d’émotion. C’est très joliment écrit avec les mots que l’on emploierait pour déclarer sa flamme à la femme de sa vie. Je me suis bien reconnu là-dedans car je l’aime moi aussi à ce point, notre Ludwig. Je ne parlerai donc pas de la deuxième partie (Kiki Van Beethoven) car je voudrais que les gens achètent ce livre, même s’ils ne doivent en lire que la première partie.

Mon seul regret mis à part la deuxième moitié de l’ouvrage, est que malheureusement, Ludwig, une fois de plus ne sort pas suffisamment grandi de cette aventure. Cette satanée malédiction qui le poursuit à travers les siècles en le présentant comme un type peu fréquentable, j’avais espéré que vu l’amour que l’écrivain portait au plus grand génie musical de tous les temps, elle soit enfin vigoureusement balayée. Certes, Eric-Emmanuel Schmitt a brillamment fait éclater au grand jour que le monde ne serait pas ce qu’il est si Beethoven n’avait pas vécu. Mais tout de même, page après page, j’espérais un grand coup de gueule pour enfin faire taire les mozartiens et autres bachistes. Dire enfin : « Bach est le plus grand, mais Beethoven est le seul ! »

J’ai envie, bien égoïstement de remercier Eric-Emmanuel pour ce plaisir solitaire qu’il m’a apporté en rétablissant un peu de justice dans un monde trop fasciné par la simplicité. Un monde où un Eric Zemmour prétend que personne n’écrit aussi bien que Chateaubriand tout en claironnant sa passion pour les Stones. Alors que la musique des Stones comparée à celle de Beethoven, ce n’est ni plus ni moins qu’un analphabète griffonnant des signes informes sur une feuille pour faire croire qu’il sait écrire, comparé à l’auteur des Mémoires d’outre-tombe.

Il faut lire ce livre car on y découvre un authentique génie et tout l’amour qu’il est capable de générer dans l’esprit d’un homme.

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Samedi 23 octobre 2010 6 23 /10 /Oct /2010 18:56

Le prestigieux concours Frédéric Chopin a eu lieu comme tous les cinq ans et vient de se terminer. S’il est évident que faire un choix s’avère toujours difficile dans l’attribution des prix pour ce genre de manifestations regroupant des artistes de grand talent, il n’en demeure pas moins que cette année le premier prix n’aurait du être décerné à personne. Et cela n’aurait pas été scandaleux puisque c’est arrivé par le passé, en effet, il n’a pas été attribué de premier prix 1990 et 1995.

Les prestations secondaires d’après - concours d’hier soir (21.10.2010) en sont l’éclatante démonstration. Entendez par prestations secondaires non des œuvres de seconde zone mais les exécutions d’après - concours. En effet, les lauréats sont invités, pour le plus grand plaisir du public, à jouer des œuvres choisies librement par les pianistes et qui ne comptent plus dans l’attribution des prix.

Dumont a choisi la sixième Polonaise, œuvre techniquement difficile (mais y a-t-il quelque chose de facile dans le répertoire de Chopin ?) maîtrisée approximativement (mais cela concerne aussi les autres concurrents).

Trifonov classé troisième aurait du selon moi gagner le premier prix (mais uniquement parce qu’un lauréat a été nommé, car je le répète, personne ne l’a mérité ce premier prix cette année).

Wunder l’autrichien qui porte un merveilleux nom : miracle, et qui n’a aucun lien de parenté avec Stevie (trêve de plaisanterie) avait choisi une œuvre particulièrement ardue. Le très doux et romantique Andante Spianato toujours suivi de la Grande Polonaise Brillante qui fait partie selon moi des cinq créations majeures du piano tous compositeurs confondus. Là aussi, la Grande Polonaise fut décevante mais par contre et là il s’agit d’un morceau d’anthologie, jamais je n’ai entendu une interprétation de l’Andante Spianato aussi fouillée, aussi juste, aussi merveilleusement touchante, ce fut là un grand moment.

Le lituanien ex æquo avec Wunder, j’ai nommé Geniusas aurait aussi mérité une meilleure place.

Quant à la lauréate, la russe Yulianna Avdeeva, elle ne fut ni moins bonne, ni meilleure que Geniusas ou Trifanov mais bon, il en faut un ou une ou plutôt, il en fallait visiblement une cette année. L’annonce de son nom comme lauréate a provoqué un léger brouhaha de désapprobation dans le public qui lui aussi estimait qu’elle ne le méritait nullement.

N’empêche lorsque je regarde la liste prestigieuse des lauréats du plus prestigieux concours pour piano, celui dont parlons en l’occurrence, je ne peux m’empêcher de me dire que le niveau a sacrément baissé. Depuis 1927, il y a eu quelques noms qui aujourd’hui sont reconnus comme étant parmi les plus grands pianistes de notre époque : honneur aux dames, la très célèbre Martha Argerich en 65, le fougueux Maurizio Pollini en 60, l’immense Wladimir Askhenazy en 55 qui n’obtint que la seconde place derrière un Adam Harasiewicz aujourd’hui oublié suite à une carrière fade et enfin en 1975 l’incomparable Krystian Zimerman qui est à mon avis le plus grand interprète de Chopin à ce jour.

La différence entre Argerich, Pollini, Askhenazy, Zimmerman et ce que j’ai entendu hier soir me laisse penser que soit le concours devrait avoir lieu tous les dix ans mais il tomberait dans l’oubli, soit tous les ans car cela permettrait à coup sûr de faire concourir beaucoup plus de candidats exceptionnels. En effet le temps de préparation deviendrait un facteur déterminant et seuls les plus exceptionnellement doués se mesureraient. Lorsque j’observe la liste des plus grands parmi les grands, je me rends bien compte que la plupart d’entre eux n’ont participé à ce concours. Et c’est à mon avis un signe qui aurait du faire réfléchir les organisateurs du plus prestigieux concours pour pianiste depuis longtemps.

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Mercredi 11 août 2010 3 11 /08 /Août /2010 14:25

 

Je ne connais pas l’ampleur du phénomène Musso, mais à voir la place de plus en plus visible qu’il prend sur les étalages à chaque nouveau roman qu’il publie, il est certain qu’il doit consolider une clientèle de plus en plus fidèle.

Sept. C’est le chiffre. Il en a écrit sept, plus un il y a quelques années et qui doit être difficile à trouver aujourd’hui. Cela fera huit pour le coup, mais à mon avis, il doit traîner ça et là une nouvelle ou un essai sous l’un ou l’autre pseudonyme mais peu importe, là n’est pas la question. Il y a l’avant « Et après… » et l’après « Et après… »

Perso, j’ai découvert le phénomène avec le premier livre de la série à succès, j’ai nommé : « Et après… » mais je l’ai découvert un an après sa sortie. Un cadeau qui m’a été fait. Il n’est jamais facile, dans la jungle des nouvelles sorties qui font la richesse des rentrées littéraires, de choisir. Les déceptions sont quelques fois au rendez-vous, malheureusement. Les joies aussi, heureusement. Mais là, comme dans d’autres cas, je suis bien passé à côté. Je n’avais pas choisi d’instinct, son livre, et après…qu’est ce que ça peut faire ? On me l’a offert.

Le titre du premier roman semble un peu léger, vide, comme si une troupe avait passé plusieurs jours de brainstorming pour absolument trouver quelque chose qui accroche, quelque chose qui pète ! C’est plat contrairement à l’histoire qui elle, est tout simplement fantastique. Merveilleusement menée, bien écrite. Tout est équilibré, la qualité d’écriture est constante, le poids de chaque chapitre se vaut. Je sens pour ma part un travail pesé, revu, corrigé. Cinq ans après sa lecture, je m’en souviens encore, cela m’avait marqué. Pour faire vite, émotion, suspense, rebondissements, surprises et chute géniale, inattendue. Bravo.

Avec le deuxième volet de la série à succès on descend d’un poil. Pas d’un étage, disons de quelques marches. Le titre commence par faire peur : « Sauve-moi ». Bon, le précédent titre était plat, surtout par rapport à la relative poésie qui se dégageait du récit. Mais « Sauve-moi » est le premier d’une série à avoir un côté accrocheur mercantiliste à deux balles. Normal que l’on cherche à vendre. Musso n’est pas un bénévole et son éditeur n’est pas une ONG. Mais tout de même. Puis c’est la suite logique des titres avec point d’interrogation et autres senteurs style « Voici » et on se demande si on est avec un écrivain ou avec un des créateurs de « Nous deux ». Décidément, les titres de M. Musso ne sont pas au niveau du contenu de ses livres.

Au fur et à mesure des histoires, celles-ci se vident lentement. Elles deviennent de plus en plus fades. Les chutes de plus en plus vaseuses. La plus spectaculairement nulle d’entre toutes est celle du roman : « Parce que je t’aime ». Encore un titre à la « Paris Match » bref n’en parlons plus. Le seul de la série à succès où l’on trouve en préambule une demande de l’auteur de ne pas révéler la fin aux amis pour préserver la surprise. De fait la surprise est tellement décevante qu’il vaut mieux ne rien dire, cela aurait dissuadé plusieurs lecteurs de faire l’acquisition du bouquin. Au début de l’histoire tout est tellement mystérieux, envoûtant et à la fin, l’auteur s’en sort avec une queue-de-poisson peu honorable.

En 2010, sort « La fille de papier » enfin ! Un vrai titre. Cela ressemble un peu à quelque chose au lieu de rappeler la couverture de « Gala ». Pour une fois, l’auteur abandonne toute velléité de surprise. Pas de chute inattendue, une conventionnelle histoire d’amour qui aurait pu constituer un des épisodes de « L’amour du risque » (vous vous rappelez de Jonathan et Jennifer, les justiciers milliardaires…la la la la la…l’aaaaaaaaamour du risque). Dans le précédent roman : « Je reviens te chercher » on avait basculé dans le déséquilibre total qui trahi un manque d’inspiration notoire avec une première moitié de bouquin bouffé pour raconter une agréable histoire de cambriolage et le reste pour une pseudo intrigue. Du remplissage quoi. Avec « La fille de papier » c’est pire. Si jusqu’à présent j’avais toujours pris un certain plaisir à lire, à suivre les histoires de M. Musso et à me laisser entraîner par elles, dans ce dernier volet de la série à succès on se prend à s’ennuyer sur un quart du récit. Du jamais vu avec Musso en ce qui me concerne. La balade en Fiat 500 et en scooter pour se rendre au Mexique devient encore plus indigeste quand le livre se termine, car on se rend compte qu’elle n’avait aucun intérêt et ne servait en rien le récit. Là cela devient pire que du remplissage. C’est le chanteur qui n’a pas sa dixième chanson pour finir son album et qui pond un truc quelconque pour donner quelques millimètres de plus au bouquin.

Mais enfin, tout ceci, ne serait pas bien important, encore que. Surfer sur la vague du succès pour vendre peut se comprendre et puis, des milliers de lecteurs s’y retrouvent alors, pourquoi pas. Mais ce qui m’étonne le plus, c’est l’aspect réchauffé de toutes ces sagas à succès.

Si on veut bien se pencher un peu sur le fond des histoires que nous conte M. Musso, on se rend compte qu’il n’a rien inventé. Je n’ai pas trouvé une once de création, d’invention ou de nouveauté dans les intrigues de fond. De quoi s’agit-il ?

Entre « Et après… » et son messager de la mort. « Seras-tu là ? » et son effet papillon, « Parce que je t’aime » et ses types branchés sur une machine qui permet d’aller dans « la tête » de l’autre, « Je reviens te chercher » le jour sans fin qui recommence pour le type qui voulait se faire flinguer et qui renonce, « La fille de papier » et son personnage de conte de fée sensé être irréel qui doit rattraper le temps perdu et qui n’est qu’un acteur engagé pour le rôle, il n’y a rien de nouveau. Des idées qui ont déjà été exploitées par d’autres. Les intrigues plein la tête qu’il a ramenées de New-York semblent plutôt provenir de Los Angeles et son Hollywood.

Bref, j’espère que M. Musso va s’arrêter de déconner et nous pondre un bon roman la prochaine fois. Avec un sujet réchauffé, d’accord. Mais sans une seconde d’ennui cette fois-ci. A l’année prochaine. Ou peut-être, dans trois ans.

PS : Mieux vaut un sujet réchauffé, bien écrit avec un titre ringard, que… Enfin vous savez bien quoi.

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Jeudi 22 juillet 2010 4 22 /07 /Juil /2010 14:34

Ah, ces Alsaciens !

Auteur : Pierre Nonnenmacher

Edition Hirlé

 

Ah, ces Alsaciens ! Si seulement certains d’entre eux voulaient bien arrêter d’écrire des livres à propos de l’Alsace et de ses habitants. Si seulement certains d’entre eux voulaient s’abstenir de s’obstiner à vouloir expliquer le fait alsacien à des gens que ça n’intéresse pas. Mais, je rêve.

Voici un roman autobiographique d’un certain Pierre Nonnenmacher qui, selon la quatrième de couverture, en serait ainsi à son deuxième livre. Bien. Je respecte trop le travail pour me permettre de le dénigrer mais je dois bien avouer que je suis loin d’apprécier ce bouquin autant que celui qui me l’a offert.

 

Le premier chapitre commence bien. D’ailleurs il se nomme « chapitre premier » et le deuxième qui aurait dû s’appeler « chapitre second ou deuxième » et le suivant « chapitre troisième » et ainsi de suite, sont intitulés chapitre deux, trois etc. C’est un, deux, trois ou premier, second, troisième ou primo, secundo, tertio ! Faut choisir. Le « chapitre un » donc, commence bien. Il y a de l’émotion, de la nostalgie, un peu de mélancolie, un décor bien chaleureux qui se plante. Seulement voilà, cela ne va pas plus loin, rien ne démarre, rien ne s’envole, je croyais me retrouver dans une belle maison à colombages sous un épais manteau neigeux les pieds dans de grosses chaussettes de laine chauffant près d’une cheminée où les bûches de sapin auraient crépité jusqu’à la fin du récit mais non, on marche sur du plat et quelques fois, on s’enfonce. C’est lourd et ça traîne dans d’interminables chapitres qui n’ont ni début, ni fin. L’ennui s’installe assez vite, je me prends à soupirer et d’un geste que chacun imagine, je fais défiler les pages en tordant un peu le livre entre mes mains et mon pouce droit comme pour m’en servir de ventilateur en me disant : « encore tout ça… » Oui, malheureusement j’ai déjà la nette impression que les 218 pages de M. Nonnenmacher seront bien plus difficiles à parcourir que le dernier Ken Follett et ses quelques 1380 pages. Monumental chef-d’œuvre qui n’a que le défaut de se terminer, soit dit en passant. Mais je m’arme de courage et je tente de continuer l’aventure qui dans le deuxième chapitre devient carrément apathique. Les histoires sans relief des personnages calquées sur un récit tout aussi vide m’ont amené à me demander si j’y arriverais… à le finir, ce livre. La réponse est survenue bien vite : non ! Dire que c’est uniquement cela qui m’a fait capituler serait de la pure mauvaise foi.

Être écrivain, c’est comme être psychothérapeute. Tout le monde peut le revendiquer, chacun peut mettre une belle plaque en laiton à sa porte et s’en réclamer. Mais dans les faits, si on veut être pris au sérieux, il faut un minimum. Un peu de maîtrise de la grammaire et de l’orthographe. Il faut aussi un éditeur sérieux qui vérifie et fait vérifier la bonne tenue générale du livre avant de la mettre sur le marché. Et les « coquilles » comme on les appelle affectueusement sont nombreuses, puis elles deviennent légions et non contentes de se multiplier elles se mettent à devenir de plus en plus grosses et enfin énormes. J’ai arrêté de compter les phrases qui commencent par une minuscule. J’ose croire qu’il s’agit de l’incompétence de l’éditeur. Oui j’ose croire dis-je car cela fait partie des premières choses que l’on apprend à l’école. Laissons cela donc. On comprend vite ensuite que les mots tirés de l’alsacien sont en italique avec à chaque fois une traduction plus ou moins heureuse dans la foulée au cas où un « Français de l’intérieur » devait s’intéresser à l’affaire ou un malheureux Alsacien dont les parents auraient cru bon de ne pas lui enseigner le dialecte régional.

 

Profitons-en pour nous laisser aller à une petite digression. Quand donc cessera ce snobisme risible qui consiste à vouloir imposer un Alsacien écrit ! L’Alsacien est un dialecte, autrement dit, il se transmet par le dialogue. Sa forme écrite est le « Hochdeutsch » cette langue créée de toutes pièces pour unifier tous les parlers alémaniques. Allez en Autriche ou pire encore allez en Suisse : l’Allemand est la langue écrite mais sa prononciation est si particulière que personne ne la comprend à part les Suisses et les habitants du Sundgau. D’ailleurs les différences entre la prononciation strasbourgeoise et mulhousienne (par exemple) sont telles qu’il est tout bonnement impossible et même irrespectueux envers tous les villages disséminés à travers la région et leurs délicieuses particularités, de vouloir procéder autrement qu’en utilisant l’Allemand en forme écrite. Penser qu’un jour un Mulhousien, un Colmarien, un Savernois ou un Sélestadien acceptera une autre forme d’hégémonie culturelle en utilisant une forme écrite apparentée au Strasbourgeois relève de l’utopie pure et simple. L’Alsacien s’écrit en utilisant l’Allemand et chacun le prononce « comme le bec lui a poussé » n’est ce pas ? Bref, restons-en là, ce n’est pas non plus l’objet fondamental du propos.

 

Je parlais donc de grammaire, d’orthographe et de coquilles. Le coup des majuscules, c’est de la coquillette, soit. Mais lorsqu’on avance dans la lecture, on se rend compte que l’auteur a voulu faire montre d’une certaine culture francophone et c’est bien là que le bât blesse. Allons-y !

 

Chapitre deux (puisqu’il est ainsi nommé), page 39 « Dans son fort intérieur… » Aïe ! M. l’écrivain avez-vous voulu évoquer le fort de Bitche, belle cité injustement arrachée à l’Alsace par l’incompétence parisienne et l’illogisme français, ou vouliez-vous parler du « for intérieur », belle locution qui est utilisée pour exprimer ce qui est au fond de sa conscience ? Je sais, c’est un peu humiliant, mais un peu de rigueur que diable !

Au niveau dialecte en italique, certains mots y ont droit d’autres non. L’éclat d’obus de M. Edmond, (der Splitter en Allemand) indiqué « spletter » page 28 dans le texte avec une approche pseudo-phonétique (dans mon Benfeld natal on dit « splétter »), n’a pas droit à la belle impression arrondie et penchée de l’italique, bizarre. Encore une coquillette de l’éditeur ? Et le fameux « merde alors » qui semble présenté comme une particularité alsacienne alors qu’il est utilisé dans toute la France est lui en italique page 29 sous la forme d’un « merdealor » pour se retrouver en « merdalor » en écriture droite, page suivante. De plus en plus bâclé ce travail. Je commence à avoir l’impression qu’on se moque de moi. Ce manque de sérieux quand on exige 20 € pour l’achat d’un livre confine à l’irrespect.

Autre coquillette ? Le premier méchant Allemand de service (comme dans les films américains où neuf fois sur dix, le méchant porte un nom ou un prénom germanique, que l’acteur soit blanc, afro-américain ou italo-hispano-asiatique) page 16, le terrible trancheur de tête Eulogius Schneider est rebaptisé Elogius Schneider quatre lignes plus bas.

Mais revenons au secteur de la page 29 : on nous parle d’un fait important et pas qu’en Alsace. On le sait, maintenant que les Français commencent à avoir le courage de reconnaître leur participation à toute cette tragédie qu’a été la deuxième guerre mondiale. Je veux parler de la collaboration.

 

Les Alsaciens le savent bien, mais si d’aventure des Parisiens ou autres Bordelais devaient lire ceci, il faut préciser que les habitants de l’Allemagne qui vivent au Sud-est de cette dernière sont des Souabes. Schwaben en Allemand que nous prononçons « Schwoowe » en Alsace (je ne dispose pas de l’alphabet phonétique sur mon ordinateur, je dois donc procéder comme M. Nonnenmacher tout en précisant que le double « o » est très approximatif et que sa prononciation est longue et à mi-chemin entre le « o » et le « ou » vous pourrez vous entraîner si le cœur vous en dit, et encore une fois il s’agit de la prononciation qui est en vigueur dans le centre de l’Alsace, pardon Wissembourg, pardon Ferrette, et les autres.) Pour nous autres Alsaciens, tous les Allemands sont des Souabes, nous les appelons tous ainsi qu’ils soient de Berlin ou de Fribourg-en-Brisgau. D’ailleurs souvent des copains d’outre-rhin originaire de Kiel ou Brême s’offusquaient et s’écriaient : « ich bin kein Schwabe ! » (Je ne suis pas un Souabe !) Imaginez donc que les Espagnols ou les Italiens appellent tous les Français des Béarnais ou des Savoyards. Donc, pour les Alsaciens un Allemand est un Souabe. Et du mot « Schwoowe » est né un verbe qui symbolise la collaboration avec l’occupant Allemand pendant la dernière guerre et ce verbe est : « Schwééwlè » (l’approximation phonétique est assez juste pour le coup (toujours pour ce qui concerne le centre de l’Alsace d’où je vous écris.)) « Schwééwlè » : pactiser avec le Boche. Collaborer. Tout ce laïus (pardon) pour dire qu’en page 29 apparaît un idiome en écriture droite « schewle » qui ne veut absolument rien dire à moins que dans le pays de M. Nonnenmacher les Souabes soient des Sabes…je ne sais pas. Bref comme dirait le regretté Germain Muller : « N’en parlons plus ! »

 

Tout ceci ne serait que billevesée si la catastrophe qui provoqua la mort littéraire de ce qui était devenu un tissu d’ennui, d’incongruités et de manque de sérieux évident dans la relecture et l’édition avant mise sur le marché, ne s’était pas produite. Je lis. Je relis. Je relis encore une fois et je n’arrive toujours pas à le croire. Je reviens en arrière, je tâche de m’imprégner plus encore pour être sûr et je me dis pour la énième fois : « non, il ne va pas nous faire le coup du : si j’aurais su, j’aurais pas v’nu ! » Alors je relis encore. Peut-être l’auteur a-t-il voulu faire parler un personnage qui fait des fautes de français de base car les Jacobins l’ont obligé à apprendre et pratiquer une langue qui n’était pas la sienne à l’origine. Mais dans ce cas il y aurait eu un tiret, une marque quelconque pour l’indiquer. Mais j’ai eu beau chercher, rien ! Nada ! Nothing ! Nichts ! Page 40 à partir de la quatrième ligne, une coquille (que dis-je, une succession de coquilles) qui à défaut d’être des coquillettes sont devenues des « Lumache Rigate n°43 » depuis le temps qu’on nous le répète ! Le Si n’aime pas le Ré. Petite règle enfantine qui sert à se souvenir que « si j’avais su » est juste et que « si j’aurais su est faux ! » C’est tellement gros que je reprends même en mains le dictionnaire des difficultés de la langue française. Pas de doute, il s’agit bien de la condition et de sa conséquence, la règle s’applique. Cela m’achève ! J’en peux plus. La suite devient insupportable à lire car à partir de cet instant j’ai eu l’impression que les tableaux dépeints dans ce texte ont été réalisés par des gosses de maternelle alors qu’on m’avait offert un billet d’entrée pour une galerie d’art régional pour voir l’œuvre d’un artiste tout aussi régional.

 

Ce n’est vraiment pas sérieux et cela ne sert pas la cause alsacienne. M. Nonnenmacher, il faudra un jour comprendre que la culture alsacienne que vous prétendez défendre n’a pas besoin de l’assentiment de la France et encore moins des Français pour exister. Ils nous considèrent comme des barbares schleus bouffeurs de saucisses et buveurs de bière, grand bien leur fasse, j’en ai autant à leur service. Une bonne fois pour toute nous, Alsaciens, sommes un élément de la culture germanique, beaucoup de familles sont venues directement d’Allemagne et de Suisse après les ravages du 17ème siècle pour repeupler ce « beau jardin » dévasté. Nous ne nous appelons pas Durand ou Dupont mais Nonnenmacher ou Dillenseger. Cela me rappelle un village du nom de « Breitenbach » qui a bien failli s’appeler « Large-rivière » si ce n’est pas malheureux.

So ! Un jetzt hà wi d’Nàs voll ! Salut Bisàmme !

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